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Sur la base d’un entretien avec Ivan Dierickx et Kim Goossens de Lapperre

« Une perte auditive légère et des problèmes d’effort sont malheureusement, aujourd’hui encore, trop souvent sous-diagnostiqués », explique Ivan Dierickx, Audiology & Medical Operations Director chez Lapperre. Il parle d’un « problème auditif caché ».

« Les patients souffrant de difficultés d’effort d’écoute ne rencontrent pas toujours de problèmes immédiats en matière d’audition et/ou de compréhension, de sorte que le lien avec l’ouïe n’est pas toujours clair. Une fatigue rapide, des maux de tête et un sentiment d’épuisement sont toutefois des signes qui peuvent être révélateurs de cette problématique. L’effort d’écoute exige en effet le déploiement de ressources cognitives bien plus importantes qui ne peuvent plus être utilisées pour d’autres choses essentielles. Les compétences cognitives doivent être entretenues correctement par des stimuli afin de rester en forme. Toutefois, la surcharge doit toujours être évitée, ce que nous oublions assez souvent », explique Ivan Dierickx.

Le relèvement de l’âge de la retraite n’y est pas étranger non plus. Les gens travaillent plus longtemps, dans un monde à l’évolution très rapide où les bureaux sont de plus en plus souvent transformés en « open & shared office ». Ce type de bureaux paysagers crée un environnement acoustique moins favorable où davantage de bruits de fond et de stimuli entrants peuvent nuire à la concentration nécessaire. Cela se traduit par une plus grande fatigue mentale, pouvant aller jusqu’à un épuisement professionnel. Bien entendu, les conséquences des problèmes liés à l’effort d’écoute varient selon les groupes cibles. La clé pour identifier ces problèmes est d’écouter la demande d’aide spé- cifique de chaque patient individuellement, indépendamment des mesures objectives.

Une personne sur quatre qui s’adresse à Lapperre pour une adaptation d’aides auditives souffre également d’acouphènes. Les personnes souffrant d’acouphènes ressentent généralement une augmentation de l’effort d’écoute parce que l’acouphène est pré- dominant dans des situations calmes.
 

Mesure de l’effort d’écoute chez lapperre

« Outre un entretien approfondi, les différents tests audiométriques - audiométrie tonale, audiométrie vocale et test vocal dans le bruit- sont toujours effectués. Si nous soupçonnons un problème d’effort d’écoute, nous l’identifions à l’aide d’une méthode de test subjective en posant trois questions tirées du questionnaire SSQ de Gatehouse & Noble (2004) », explique Kim Goossens, audicienne & ENT Relationship Executive. « Ces questions ne portent pas sur l’audition et la compréhension, mais sur l’attention et la concentration nécessaires pour suivre une conversation dans des situations plus difficiles. Les trois questions sont posées sur une échelle visuelle analogique allant de 0 à 10. Si la personne obtient un score supérieur à 5, cela indique un problème d’effort d’écoute. Le grand avantage est que nous pouvons ici comparer les améliorations après la période d’essai », explique Kim Goossens.

Les études montrent que l’intensité de l’effort d’écoute est difficile à prévoir sur la base des seuils d’audiométrie tonale. Contrairement à l’audiogramme, il y a bien une corrélation claire entre l’effort d’écoute et la perception propre du problème auditif.¹ Plus la personne doit faire d’effort, plus le problème d’audition est évalué comme étant grave. Chez Lapperre, nous travaillons depuis longtemps avec le questionnaire CARON qui peut donner une première indication en matière de perception propre de l’audition.

Il existe en outre une corrélation importante entre le résultat au test vocal dans le bruit et l’effort d’écoute. Une diminution des résultats au test vocal dans le bruit traduit une augmentation de l’effort d’écoute. Si les résultats du test vocal dans le bruit sont toutefois encore corrects, cela ne signifie pas nécessairement qu’il n’y a pas de problèmes en termes d’effort d’écoute. En effet, la vocale dans le bruit est de courte durée et demande beaucoup d’attention et de motivation. Il est donc possible que le patient parvienne à se concentrer correctement pendant une courte période et obtienne de bons résultats. Toutefois, s’il se trouve dans cette situation pendant une période prolongée, p. ex. lors d’une réunion, il est possible qu’il éprouve tout de même des problèmes et des désagréments.
 

Comment les appareils auditifs répondent-ils à ces besoins ?

« Les appareils auditifs sont toujours de plus en plus sophistiqués et peuvent dès lors apporter une solution à ce problème auditif caché. Les techniques de suppression du bruit et le passage en douceur entre les différents programmes automatiques grâce à l’utilisation ingénieuse du double microphone et à une meilleure beamforming (formation des faisceaux) jouent un rôle très important à cet égard. De plus, l’utilisation d’une appli mobile peut aider le porteur d’appareils auditifs à effectuer lui-même certains ajustements dans des situations spécifiques où les conditions d’écoute sont plus difficiles », précise Ivan Dierickx.

« Depuis 2015 les personnes âgées de moins de 65 ans éprouvant des difficultés dans le bruit, peuvent bénéficier d’un remboursement suite à la règle d’exception suivante : Chez le bénéficiaire jusqu’au 65ème anniversaire qui éprouve une difficulté au test vocal dans le bruit de plus de 3 dB par rapport à la norme. La norme est validée par des listes de mots spécifiques qui sont elles-mêmes normées pour l’audiométrie vocale dans le bruit. L’audiométrie vocale dans le bruit détermine le rapport signal/bruit pour un indice vocal de 50%, obtenu au casque lorsque la parole et le bruit sont envoyés dans la même oreille (ipsilatéral) et que le niveau de bruit est de 60 dB SPL. (A.R. 26/05/2015)», a déclaré Ivan Dierickx.
 

Un exemple de cas pratique…

Un patient entre en contact avec un audioprothésiste car il entend moins bien, souffre d’acouphènes et éprouve des difficultés en groupe, souffre de maux de tête en fin de journée de travail avec comme conséquence une baisse de motivation professionnelle.

Les audiogrammes montrent une perte auditive asymétrique avec un seuil moyen de 22 dB dans l’oreille droite et de 33 dB dans l’oreille gauche, ce qui peut affecter l’effort d’écoute et la reconnaissance vocale dans des conditions difficiles.

Les seuils d’audiométrie tonale des oreilles droite et gauche de ce patient correspondent respectivement à 22 et 33 dB HL. Lors du test de la vocale dans le bruit, le patient a obtenu un SRT de 0 dB SNR pour l’oreille droite et de +5 dB SNR pour l’oreille gauche (Liste néerlandophone BLU avec une norme de -7 dB SNR). Aux questions sur l’effort d’écoute, ce patient donne systématiquement des scores élevés (>5).

Résultats du test de parole dans le bruit avant l’adaptation des aides auditives (liste BLU - néerlandophone)

Le patient a été équipé d’un appareillage stéréophonique (Phonak Audéo L90-R). Durant la période d’essai, nous avons constaté une évolution positive à plusieurs égards. En termes d’audition (et principalement de compréhension de la parole dans le bruit), nous avons constaté une amélioration de 8 dB SNR. La patient va d’une compréhension dans le bruit de +3 dB SNR sans appareils auditifs à une compréhension de -5 dB SNR avec appareils auditifs. En ce qui concerne le THI (Tinnitus Handicap Inventory), nous avons constaté une évolution d’un score de 36 (handicap modéré) à 14 (handicap léger) grâce aux conseils de base fournis sur les acouphènes et à l’enrichissement sonore via les aides auditives (amplification conventionnelle). Lorsque nous nous penchons de plus près sur les questions relatives à l’effort d’écoute, nous constatons que ce patient a obtenu un score nettement inférieur aux trois questions après adaptation des aides auditives.

3 questions sur l’effort d’écoute avant et après l’adaptation des aides auditives