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L' une des tâches les plus importantes de notre cerveau est de nous situer/positionner dans l’espace, ce qui est une condition essentielle pour interagir correctement avec le monde qui nous entoure. Cela nécessite une interaction complexe entre les systèmes proprioceptifs, qui informent le cerveau de l’état de nos systèmes vestibulaires, les forces/tensions dans les tendons, les muscles et les articulations, fournissant des informations sur la position de la tête par rapport à la gravité, ainsi que la direction et la vitesse des mouvements de la tête, et les systèmes visuels, qui informent le cerveau sur la position et le mouvement du corps par rapport à l’environnement visuel. De nombreux réflexes visuels sont impliqués dans ce processus, mais la localisation dépend principalement de la capacité à cartographier rapidement et précisément le monde par le biais des saccades.

Les saccades font appel à diverses voies nerveuses, impliquant le lobe occipital pour la vision, le lobe pariétal pour la localisation et le lobe frontal pour l’initiation. Les voies nerveuses vont du lobe frontal, passant par les ganglions de la base, jusqu’au tronc cérébral, où se trouvent les générateurs des mouvements oculaires rapides (saccades) du colliculus supérieur, activant les systèmes oculomoteurs pour déplacer les yeux vers les cibles.
Les entrées sont traitées par le cervelet, où la précision des saccades est modulée. De plus en plus, nous identifions des schémas de troubles saccadiques permettant de déterminer les localisations cliniques des dysfonctionnements ainsi que des lésions.
La saccadométrie est un test oculomoteur avancé (VNG) qui permet d’évaluer de manière fonctionnelle les différentes régions cérébrales et circuits impliqués dans la génération de saccades rapides, précises et ciblées.
Les saccades sont traditionnellement analysées en fonction de trois caractéristiques différentes, notamment la latence, l’amplitude et la vitesse. La saccadométrie ajoute à cela l’analyse des données de phase, ce qui permet d’obtenir une meilleure compréhension de la localisation des lésions, ainsi que l’analyse des antisaccades, qui donne un aperçu de la cognition, de la régulation émotionnelle, de l’inhibition de la réponse et des fonctions exécutives.
L’analyse du système saccadique et antisaccadique peut fournir des informations cliniquement utiles sur des troubles neurologiques tels que les commotions cérébrales, les lésions cérébrales traumatiques, les maladies neurodégénératives, les troubles du mouvement, la dépression et les troubles de l’attention. Ces tests plus avancés fournissent des informations qui ne sont pas toujours détectées par les tests de saccades traditionnels.

La capacité à inhiber les réponses réflexes en faveur d’actions motrices volontaires est cruciale pour la vie quotidienne. Le test des antisaccades peut évaluer ces deux compétences : l’inhibition et la réalisation volontaire du mouvement. Cette tâche demande aux sujets de réprimer une prosaccade réflexe et de générer à la place une saccade volontaire vers l’autre côté. Les données actuelles montrent que différents types de lésions cérébrales, de troubles neurologiques et de troubles psychiatriques entraînent des erreurs, c’est-à-dire des prosaccades en direction du stimulus, dans cette tâche. Des études d’imagerie cérébrale ont montré qu’un réseau cortical et sous-cortical étendu est actif lors de la génération d’antisaccades. Les données actuelles indiquent que diverses lésions cérébrales, maladies neurologiques et troubles psychiatriques entraînent des erreurs de direction prosaccadique.
1. Les antisaccades
Les antisaccades utilisent les mêmes circuits de départ que les saccades, avec l’ajout de la modulation des systèmes du cortex préfrontal tertiaire qui ajoutent un niveau supérieur de fonction exécutive au processus.
La clé de la tâche des antisaccades réside dans le processus d’inhibition de la réponse, où le sujet doit inhiber la prosaccade réflexe vers la cible, ce qui est une fonction du cortex préfrontal dorsolatéral (DLPFC).
Le DLPFC doit ensuite communiquer avec le lobe frontal opposé via le corps calleux pour générer une saccade vers une cible mémorisée dans la direction opposée.
Des altérations de la fonction antisaccade ont été démontrées dans les cas de commotion cérébrale et de traumatisme crânien léger.
L’échec des antisaccades précises vers des cibles mémorisées peut indiquer une perturbation des circuits de mémoire visuelle cruciaux pour les processus de mémoire de travail. L’échec de l’inhibition de la réponse peut indiquer des problèmes de contrôle de l’attention et de la fonction exécutive. L’échec de l’inhibition de la réponse lors des tests d’antisaccades a également été observé dans le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH).
Le DLPFC a été identifié comme une région cruciale pour la régulation émotionnelle. Les performances altérées dans les antisaccades ont été étudiées en tant que biomarqueur sensible pour des troubles psychologiques allant de la dépression chronique à la schizophrénie.

2. Latences anormales et vitesses altérées
La nature dispersée des voies nerveuses et des structures impliquées dans la génération de prosaccades et d’antisaccades les rend très sensibles aux lésions, notamment en cas de commotion cérébrale et de traumatisme crânien.
Des temps de latences prolongés et/ou des variations importantes des latences se sont révélées être des signes sensibles de lésions cérébrales légères non résolues. Des anomalies dans les vitesses des saccades peuvent indiquer une dysfonction des générateurs du tronc cérébral. Une perte de précision et des changements de vitesse peuvent indiquer des lésions des systèmes cérébelleux, et la distinction entre excès et insuffisance peut aider à localiser ces lésions au sein de systèmes cérébelleux distincts.
3. Troubles des mouvements
Les modèles anormaux de génération de saccades sont bien représentés dans la littérature sur les troubles du mouvement. Les changements de phase des saccades peuvent aider à localiser des lésions au sein du réseau fronto-basal ganglion. Les changements de précision peuvent révéler des anomalies dans les cartes de saccades du colliculus supérieur, qui sont cruciales pour l’exécution motrice appropriée dans les troubles du mouvement tels que la dystonie et la maladie de Parkinson.
Ces paramètres, lorsqu’ils sont combinés avec des changements directionnels dans la vitesse des saccades, peuvent aider au diagnostic correct des syndromes parkinsoniens tels que la paralysie supranucléaire progressive et l’atrophie multisystémique.
4. Troubles de la fonction exécutive
Les relations entre les prosaccades et les antisaccades peuvent également fournir des informations sur les troubles de la fonction exécutive, allant de l’altération cognitive légère à la maladie d’Alzheimer et à la démence frontotemporale.
Résumé
L’ajout des mesures de prosaccades et d’antisaccades à notre batterie de tests offre non seulement des outils supplémentaires pour la localisation des lésions. Ils nous permettent également de guider de manière précise les thérapies de rééducation neurologique et d’évaluer la fatigue des systèmes impliqués.
GEORGES HART Physiothérapeute – Audiologue
Sales & Product Manager département Audiologie - Sonova Retail Belgium
1. Munos D, Everling S. Look Away: The Anti-Saccade Task and Voluntary Control of Eye Movement. Nature Review, Neuroscience. 2004, 5:218-228