Your browser is outdated. Upgrade your browser for better user experience and security

Les problèmes d’intelligibilité, surtout en cas de bruit de fond, constituent la plainte la plus fréquente chez les personnes souffrant d’une perte auditive (légère).

Elien Van den Borre

Bien que des problèmes d’intelligibilité dans les environnements bruyants soient souvent associés à des seuils de détection relevés, la relation entre les deux n’est pas automatique. Les recherches démontrent qu’environ deux personnes sur trois atteintes de perte auditive mesurée par audiogramme ont des problèmes d’intelligibilité en l’absence de seuils de détection majorés.² Cela indique que les problèmes d’audition et d’intelligibilité vont au-delà du résultat de l’audiogramme. Les problèmes d’intelligibilité dans le bruit ont souvent un impact significatif sur la vie quotidienne et s’accompagnent d’une dégradation de la qualité de vie. Cependant, l’absence de seuils de détection majorés entraîne encore trop souvent des erreurs de diagnostic, la personne étant classée comme « normo-entendante » alors qu’elle rencontre des problèmes d’intelligibilité.

Les mécanismes sous-jacents des problèmes d’intelligibilité dans le bruit

Les problèmes d’intelligibilité peuvent avoir plusieurs causes. Une très grande partie des problèmes d’intelligibilité, dans le silence et dans le bruit, provient d’une déficience auditive.³ Lorsque la perte auditive atténue le son, celui-ci devient moins audible et donc moins facile à comprendre. Cependant, en plus d’une perte d’audibilité, des mécanismes entrent en jeu et le son s’en trouve non seulement assourdi mais aussi déformé. Ce phénomène est également appelé distorsion du son. Par exemple, une distorsion peut être causée par une perte de cellules ciliées externes qui entraîne une diminution de la spécificité de fréquence de l’audition. En 1978, Reinier Plomp a visualisé la contribution de l’audibilité (attenuation) et de la déformation (distortion) sur l’intelligibilité dans le bruit dans un modèle qui opère la distinction entre les pertes de conduction et les pertes de perception. Les pertes de conduction comprennent principalement une composante d’atténuation alors que les pertes de perception contiennent généralement une composante d’atténuation et une composante de distorsion.⁴ Dans la pratique, cela signifie que, pour les pertes de conduction, une amplification normale du son est généralement suffisante pour obtenir une bonne intelligibilité dans le bruit, alors que, pour les pertes de perception, des méthodes plus élaborées et plus sophistiquées, telles que la réduction active du bruit, sont nécessaires.

Le modèle de Plomp, une représentation des composantes de distorsion et d’atténuation de l’intelligibilité dans le bruit

Tests vocaux dans le bruit

Les tests vocaux dans le bruit/speech-in-noise (SPIN) constituent une meilleure mesure pour détecter ce type de problèmes que l’audiogramme tonal. En outre, les tests SPIN sont souvent plus faciles à mettre en œuvre dans un protocole de test qu’un audiogramme tonal, car les exigences pour réaliser un test SPIN fiable sont nettement inférieures à celles d’un audiogramme. Par exemple, un SPIN a un seuil supérieur, ce qui rend la présence d’une cabine audio moins importante. En outre, les tests SPIN sont très flexibles et peuvent être développés pour répondre aux besoins spécifiques du patient et du protocole de test, par exemple les auto-tests SPIN qui permettent aux patients de se tester eux-mêmes dans la salle d’attente.

L’utilisation de tests SPIN a connu une forte progression ces dernières années. Le dépistage SPIN pour les enfants en âge scolaire en est un exemple. Depuis 2018, le CLB (centre d’accompagnement des élèves en Flandre) utilise le Digit Triplet Test (DTT) pour dépister tous les enfants de 6e primaire et de 3e secondaire (FIGURE 2). Le DTT est un test SPIN qui utilise des combinaisons de trois chiffres (triplets) dans un bruit de fond. L’utilisation de chiffres permet même aux personnes ayant une connaissance limitée de la langue de passer le test. C’est en 2004 que le DTT a été développé pour la première fois à Amsterdam comme un dépistage systématique de l’audition pour les adultes, réalisé via le téléphone fixe. Cependant, en raison de la sensibilité élevée du test, combinée à sa grande efficacité (± 3 minutes par oreille), de plus en plus de recherches ont été menées au cours des années suivantes sur l’utilisation du DTT dans d’autres domaines tels que le diagnostic et la revalidation. Cette popularité fondée se poursuit encore systématiquement aujourd’hui, et entre-temps le DTT est disponible dans 15 langues différentes comme le français, le néerlandais et l’allemand.

En plus de l’utilisation systématique d’un test SPIN pour le dépistage auditif, celui-ci peut également être utilisé pour demander le remboursement d’appareils auditifs pour les personnes de moins de 65 ans. Grâce à cette règle d’exception, les personnes souffrant de problèmes auditifs excédant les seuils de détection majorés peuvent désormais se procurer des appareils auditifs en bénéficiant d’une intervention. C’est d’autant plus intéressant pour elles que l’avantage des appareils auditifs a également été démontré dans leur cas.

Digit Triplet Test sur tablette

Tests vocaux dans le bruit à distance auditive

Pour le moment, de nombreuses études sont menées sur l’utilisation de tests SPIN dans d’autres domaines des soins auditifs. Ces études concluent presque toujours que l’ajout de tests SPIN aux protocoles de test standard n’est jamais une mauvaise idée. Chez Lapperre, nous encourageons également l’utilisation des tests SPIN pour le dépistage, le diagnostic et la revalidation. C’est pourquoi notre service d’audiologie propose un équipement qui permet de réaliser des tests SPIN de manière très efficace et conviviale. En plus de nos audiomètres avec test SPIN intégré, une version entièrement remaniée de la tablette DTT sera disponible à la vente pour le grand public à partir de la fin 2024. Ce test SPIN, rapide, peu coûteux et pourtant extrêmement sensible, est non seulement un complément parfait à une batterie de tests diagnostiques déjà très étendue, mais il peut également être utilisé comme premier dépistage audiologique. Cette polyvalence permet que le DTT soit précieux dans de très nombreux contextes. De plus amples informations à ce sujet suivront ultérieurement.

ELIEN VAN DEN BORRE 

PhD en audiologie Junior Product & Sales Manager division Audiologie - Sonova Retail Belgium

1. World Health Organization. (2021b). World Report On Hearing. In World Health Organization. https://www.who.int/publications/i/item/world-report-on-hearing.

2. Beck DL, Danhauer JL, Abrams HB, Atcherson SR, Brown DK, Chasin M, Clark JG, De Placido C, Edwards B, Fabry DA, Flexer C, Fligor B, Frazer G, Galster JA, Gifford L, Johnson CE, Madell J, Moore DR, Roeser RJ, Saunders GH, Searchfield GD, Spankovich C, Valente M, Wolfe J. (2018) Audiologic considerations for people with normal hearing sensitivity yet hearing difficulty and/or speech-in-noise problems. Hear Rev 25(10):28–38.

3. Frisina DR, Frisina RD. Speech recognition in noise and presbycusis: relations to possible neural mechanisms. Hear Res. 1997 Apr;106(1-2):95-104. doi: 10.1016/s0378-5955(97)00006-3. PMID: 9112109.

4. Plomp R. Auditory handicap of hearing impairment and the limited benefit of hearing aids. J Acoust Soc Am. 1978 Feb;63(2):533-49. doi: 10.1121/1.381753. PMID: 670550.

5. Fortnum HM, Summerfield AQ, Marshall DH, Davis AC, Bamford JM. Prevalence of permanent childhood hearing impairment in the United Kingdom and implications for universal neonatal hearing screening: questionnaire based ascertainment study. BMJ. 2001 Sep 8;323(7312):536-40. doi: 10.1136/bmj.323.7312.536. PMID: 11546698; PMCID: PMC48157.

6. Smits C, Kapteyn TS, Houtgast T. Development and validation of an automatic speech-in-noise screening test by telephone. Int J Audiol. 2004 Jan;43(1):15-28. doi: 10.1080/14992020400050004. PMID: 14974624.

7. Van den Borre, E., Denys, S., van Wieringen, A., & Wouters, J. (2021). The digit triplet test: a scoping review. International Journal of Audiology, 60(12), 946–963. https://doi.org/10.1080/14992027.2021.1902579.

Voyez également :