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Dans notre société vieillissante, le risque de démence constitue un problème de santé publique croissant. On s’attend à ce que d’ici 2050, environ 152 millions de personnes soient atteintes de démence dans le monde. Or, l’audition et la cognition sont interdépendantes.

Les personnes souffrant d’une perte auditive doivent fournir un effort cognitif plus important que les personnes ayant une audition normale pour comprendre les informations auditives qu’elles reçoivent. Et aujourd’hui, il existe un certain nombre de preuves suggérant qu’une perte auditive non traitée est associée de manière indépendante à un risque plus élevé de déclin cognitif/démence chez les personnes âgées. On pense que le taux de déclin cognitif augmente avec la gravité de la perte auditive : les personnes souffrant d’une perte auditive légère ont un risque de démence presque deux fois plus élevé que les personnes ayant une audition normale, et les personnes souffrant d’une perte auditive sévère ont un risque presque cinq fois plus élevé. Environ 40 % des cas de démence pourraient être évités. Sur les 12 facteurs de risque potentiellement modifiables identifiés sur la base des statistiques de prévalence mondiale, la « Lancet Commission on dementia, prevention, intervention, and care » a estimé que la perte auditive était le plus important.
Selon le Professeur Sarant, bien qu’il existe des preuves solides suggérant une association entre la perte auditive et le déclin cognitif/la démence, nous ne savons pas encore si cette relation est causale. Les interventions auditives, telles que les aides auditives et les implants cochléaires, ont le potentiel d’améliorer les fonctions cognitives en agissant sur trois mécanismes théoriques :
Les données statistiques indiquent qu’en retardant l’apparition de la démence d’un an seulement, on pourrait réduire sa prévalence globale de 10 %, ce qui permettrait de réaliser des économies considérables en termes de qualité de vie et de coûts des soins. La perte auditive survient souvent de nombreuses années avant l’apparition de la démence. Il existe donc une fenêtre d’opportunité potentielle pour traiter la perte auditive à un stade précoce et ralentir le développement de la démence associée à la perte auditive.
L’équipe de recherche du Professeur Sarant (Université de Melbourne, Australie) mène actuellement deux études observationnelles longitudinales toujours en cours, auprès d’adultes âgés de ≥ 60 ans souffrant d’une perte auditive et qui utilisent pour la première fois des aides auditives ou des implants cochléaires :
« Les protocoles des deux études sont identiques, ce qui nous permet de mesurer les effets de l’intervention auditive sur l’ensemble du spectre de la perte auditive, de la plus légère à la plus profonde. Comme il ne s’agit pas d’études RCTs et que nous ne refusons à personne la mise en place d’intervention, nous sommes en mesure d’effectuer un suivi sur une période plus longue, ce qui est essentiel étant donné que le processus de déclin cognitif vers la démence prend de nombreuses années, voire des décennies. »
« Nous comparons les résultats de nos groupes d’intervention à ceux des participants de l’Australian Imaging Biomarkers and Lifestyle (AIBL) Flagship Study of Aging, une étude longitudinale à grande échelle sur le vieillissement en Australie. Les participants à AIBL ont une audition normale, ou une perte auditive traitée ou non traitée. L’étude ENHANCE comprend également un autre groupe comparatif constitué de personnes souffrant d’une perte auditive non traitée, recrutées dans la même clinique d’audiologie que les utilisateurs d’appareils auditifs. »
Au total, 3 principales conclusions ressortent du suivi à 3 ans de l’étude ENHANCE :
Les premiers résultats, à 18 mois, de l’étude COCHLEA ont quant à eux montré que, dans un petit échantillon de 20 participants, la fonction exécutive s’est améliorée de manière significative chez les hommes n’ayant pas fait d’études supérieures (p = 0.010), tandis que la fonction cognitive est restée stable chez les autres participants.
« Nous disposons maintenant de données sur les utilisateurs d’implants cochléaires pour un échantillon plus large jusqu’à 54 mois (4,5 ans) après l’implantation, et de données comparatives entre le groupe d’utilisateurs d’implants cochléaires et le groupe comparatif de l’AIBL jusqu’à 3 ans. Cette étude est en cours de rédaction en vue d’une publication en 2024. Les nouveaux résultats montrent une amélioration significative de certaines fonctions cognitives chez les utilisateurs d’implants cochléaires à long terme et une stabilité pour d’autres, tandis que le groupe AIBL a montré une détérioration globale à un taux approximativement égal à celui attendu pour la population générale. »
« Il est intéressant de noter que dans les résultats des études ENHANCE et COCHLEA, outre le fait que l’on n’observe pas le taux de déclin accéléré souvent observé chez les personnes âgées souffrant d’une perte auditive, le déclin que l’on s’attendrait à observer dans le cadre du vieillissement cognitif normal chez toutes les personnes âgées n’est pas non plus apparent. »
Le Professeur Sarant conclut, « tous les adultes âgés de 50 ans et plus devraient faire l’objet d’un dépistage auditif régulier (tous les 2 à 3 ans), mais ce n’est généralement pas le cas. Compte tenu des comorbidités importantes liées à la perte auditive, les professionnels de la santé ont un rôle très important à jouer pour aider les patients à conserver leurs fonctions et leurs liens sociaux, et pour promouvoir un vieillissement en bonne santé en orientant tous les patients âgés vers un dépistage et des soins auditifs dans le cadre d’une prise en charge globale. Les études ENHANCE et COCHLEA prouvent qu’une intervention auditive peut favoriser la santé cognitive. »
« La réduction de la charge cognitive due à l’écoute attentive peut favoriser une meilleure santé et de meilleures fonctions cognitives. Cependant, il existe également de nombreuses preuves que l’intervention auditive favorise une meilleure santé physique et mentale, et réduit les chutes et le recours aux soins de santé. Pour citer des collègues, « l’amélioration de l’audition et de la qualité de vie représente une fin en soi » et devrait être encouragée à chaque occasion. »
1. Livingstone G., et al., Dementia prevention, intervention, and care 2020. The Lancet, Vol. 396, No. 10248. Published: July 30, 2020.
2. Livingstone G., et al., Dementia prevention, intervention, and care. The Lancet, Vol. 390, No. 10113. Published: July 19, 2017.
2. Sarant J. Z., et al., ENHANCE: a comparative prospective longitudinal study of cognitive outcomes after 3 years of hearing aid use in older adults. Front. Aging Neurosci., 31 January 2024. Sec. Alzheimer’s Disease and Related Dementias. Volume 15 - 2023 | https://doi.org/10.3389/fnagi.2023.130218
4. Sarant J. Z., et al., The Effect of Cochlear Implants on Cognitive Function in Older Adults: Initial Baseline and 18-Month Follow Up Results for a Prospective International Longitudinal Study. Front. Neurosci., 02 August 2019 Sec. Neurodegeneration Volume 13 - 2019 | https://doi.org/10.3389/fnins.2019.00789
5. Blustein J., Weinstein B. E., & Chodosh J. (2023). It is time to change our message about hearing loss and dementia. Journal of the American Geriatrics Society, 71(8), 2676-2679.