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L’ Organisation mondiale de la santé estime que 1,5 milliard de personnes dans le monde sont touchées par une perte auditive, un chiffre qui devrait augmenter avec le vieillissement de la population. La perte auditive pourrait être un facteur de risque modifiable de démence, car elle est associée à un risque accru de troubles cognitifs et à un déclin cognitif accéléré. Il est donc possible que des traitements tels que les aides auditives puissent prévenir ou retarder la démence.

L’augmentation attendue du nombre de cas de démence dans le monde exige des mesures de prévention et d’intervention innovantes. En l’absence de traitement curatif de la démence, la recherche s’efforce d’identifier les facteurs de risque associés à la progression de la démence. Retarder l’apparition de la démence de seulement 5 ans pourrait conduire à une réduction de 57% du nombre de cas de démence et à une diminution de 40 % du coût des soins et des services en 2050.

Y a-t-il une association entre la perte auditive, le déclin cognitif et la démence ? Les revues systématiques et les méta-analyses basées sur des études épidémiologiques ont montré des résultats variables, en partie en raison de différences méthdologiques.

Un audiologiste effectue un test auditif, qui peut constituer une étape importante dans la prévention du déclin cognitif et de la démence.

Ces revues systématiques ont également inclus des études transversales, qui n’abordent pas la séquence dans laquelle la perte auditive et le déclin cognitif se produisent. Enfin, la démence désigne plusieurs maladies affectant la cognition. La plus courante est la maladie d’Alzheimer, la seconde est la démence vasculaire. Jusqu’à présent, peu d’études ont cherché à savoir si la perte auditive était associée à des sous-types spécifiques de démence.

Dans ce contexte, une équipe de chercheurs a identifié les données de cohorte sur la perte auditive à l’âge adulte en tant que facteur de risque de troubles cognitifs incidents et de démence. Les chercheurs ont également évalué les données relatives à la dose-réponse, et au risque pour divers sous-types de démence.

La perte auditive à l’âge adulte est un facteur de risque indépendant, solide et constant, de démence. Elle peut également être traitée, le plus souvent à l’aide d’appareils auditifs

Au total, 50 études regroupant 1 548 754 participants ont été incluses dans l’analyse. La plupart des études étaient prospectives (74%). Au total 24 études ont été menées aux États-Unis, 10 en Europe, 5 en Australie et 11 en Asie de l’Est. La démence incidente a été rapportée comme résultat dans 33 études, le déclin cognitif dans 16 études, les troubles cognitifs légers dans 3, la démence de la maladie d’Alzheimer dans 5 et la démence vasculaire dans 3.

L’analyse a révélé que la perte auditive, comme variable dichotomique, a été associée au risque de démence incidente (HR :1,35), à la déficience cognitive légère (HR :1,29), au déclin cognitif non spécifié (HR :1,29) et à la maladie d’Alzheimer (HR :1,56), mais pas à la démence vasculaire. L’absence d’association significative avec la démence vasculaire peut s’expliquer par le fait que seules trois études ont spécifiquement examiné l’association entre la perte auditive et la démence vasculaire, d’où une puissance statistique limitée. Deux des trois études ont également ajusté les facteurs cardiovasculaires, ce qui peut avoir impacté l’association.

Les résultats de cette étude soutiennent la possibilité d’une relation causale entre la perte auditive à l’âge adulte et la démence. Premièrement, malgré une certaine hétérogénéité en termes de population, de méthodologie et de type de résultat cognitif incident, la plupart des méta-analyses menées par l’équipe de recherche ont mis en évidence une augmentation statistiquement significative du risque pour l’ensemble des résultats cognitifs. Deuxièmement, les résultats ont mis en évidence une relation dose-réponse, chaque diminution de 10 dB de la capacité auditive étant associée à une augmentation de 16% du risque de démence. Enfin, l’étude a permis d’établir une séquence temporelle entre la perte auditive et la démence. Cependant, la démence a un long prodrome de plusieurs années, de sorte qu’une causalité inverse ne peut être totalement exclue.

En outre, il existe des preuves que le traitement par des appareils auditifs peut atténuer l’association entre la perte auditive et le développement de troubles cognitifs et de démence. Ainsi, une méta-analyse observationnelle incluant 137 484 participants, a montré que l’utilisation d’appareils de correction auditive a été associée à une diminution de 19% des risques de déclin cognitif à long terme, et à une amélioration de 3% des résultats des tests cognitifs à court terme.

Les auteurs concluent, « Cette méta-analyse d’études de cohortes a fourni des preuves irréfutables, dans divers contextes et modèles d’études, que la perte auditive à l’âge adulte est un facteur de risque indépendant, solide et constant, de démence. La perte auditive à l’âge adulte peut également être traitée, le plus souvent à l’aide d’appareils auditifs. Nos résultats suggèrent que ce traitement peut également réduire le risque de démence. »

1. Yu R.-C. et al., Adult-onset hearing loss and incident cognitive impairment and dementia–A systematic review and meta-analysis of cohort studies. Ageing Research Reviews 98 (2024), 102346

2. Sperling R. A. et al., Toward defining the preclinical stages of Alzheimer’s disease: recommendations from the National Institute on Aging-Alzheimer’s Association workgroups on diagnostic guidelines for Alzheimer’s disease. Alzheimers Dement. 2011;7(3):280-292

3. Zissimopoulos J. et al., The Value of Delaying Alzheimer’s Disease Onset. Forum Health Econ Policy. 2014;18(1):25-39

4. Yeo, B.S.Y. et al., Association of hearing aids and cochlear implants with cognitive decline and dementia: a systematic review and meta-analysis. Jama Neurol. 2022; 80 (2), 134–141


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