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De nombreux profils différents de patients se rendent en clinique avec comme plainte une perte auditive. Lors de la consultation initiale, un audiogramme est généralement le premier examen réalisé, et sur base de la perte auditive mesurée, les besoins et le traitement éventuel du patient sont déterminés.
Selon le Dr Brent Edwards, Director National Acoustic Laboratories (Australia), « pour un tiers des patients, aucune perte auditive n’est mesurée, et on leur dit typiquement qu’ils n’ont pas besoin d’aide auditive. Mais il y a une raison pour laquelle ces patients se sont rendus à la clinique. Donc clairement, ils ont une motivation, ils ont des difficultés d’audition mais nos outils diagnostiques ne sont pas assez sensibles pour déterminer quels sont leurs besoins ».
Dans le cadre de la perte auditive, les besoins d’une personne sont déterminés en fonction de l’audiogramme, on se focalise sur le fonctionnement de la cochlée, la fonction de la santé des cellules ciliaires et la structure de l’oreille interne mais d’autres facteurs ne sont pas pris en compte, à savoir si cette personne souffre ou non d’un handicap, s’il lui faut ou non d’une aide auditive venant d’un professionnel, ou si elle pourrait tirer un bénéfice d’un traitement. Selon le rapport 2021 de l’OMS : ‘Bien que les indicateurs audiométriques fournissent un résumé utile des seuils d’audition d’une personne, ils ne doivent pas être utilisés comme seul facteur déterminant dans l’évaluation du handicap ou la réalisation d’une ou plusieurs interventions, y compris les aides auditives ou les implants cochléaires’. Pour le Dr Edwards, il s’agit là d’une déclaration audacieuse, signifiant qu’il ne faut pas se baser uniquement sur l’audiogramme pour déterminer la santé auditive d’une personne.
De nombreuses preuves convergent en ce sens. Récemment, une Task Force (Feltner et al., 20215) a tenté d’évaluer l’intérêt d’un dépistage de l’audition pour les adultes de plus de 50 ans aux Etats-Unis. Ils ont conclu qu’ils ne recommandaient pas de screening, car, selon leurs résultats, un dépistage de l’audition basé sur les mesures audiométriques classiques, c’est-à-dire le seuil de tonalité pure ou l’évaluation basée sur un audiogramme, ne permettait pas d’identifier correctement si une personne avait besoin d’appareils auditifs ou si elle pouvait en tirer un bénéfice.
Des études sur de larges populations avaient déjà montré par le passé qu’un grand nombre de personnes ayant déclaré souffrir d’une perte auditive avaient un audiogramme « normal » (tonalité pure inférieure à 25dB HL). En 1990, Gates et al6. avaient montré que 20% des personnes ayant déclaré souffrir de perte auditive avaient un audiogramme normal. « Rien qu’aux Etats-Unis, cela correspondrait à 25 millions de personnes ! Et en Europe, ce chiffre est encore plus élevé ». A l’inverse, dans une autre étude (Curti et al., 20197), un grand nombre de personnes ayant une perte auditive mesurable avait déclaré avoir une bonne audition. Plus précisément, 43% de la population avec une moyenne des sons purs supérieure à 25dB HL avaient rapporté avoir une bonne audition.

En 2021, Humes8 a rédigé une étude sur comment déterminer qui a besoin d’aide, en particulier en dehors de la clinique. L’auteur recommande un questionnaire d’autoévaluation validé, le Hearing Handicapped Inventory for the Elderly (HHIE-S). Ce questionnaire se compose de 10 questions, très simples, qui ont seulement 3 réponses possibles : non, parfois, et oui. Sur base du score cumulatif de ces 10 questions, il est possible d’auto-évaluer/déterminer les besoins d’aide auditive, ou d’évaluer les difficultés d’audition auxquelles une personne est confrontée au quotidien. Il s’agit de questions posées typiquement au patient lors de la première consultation pour un trouble de l’audition, telles que « Avez-vous des difficultés pour entendre quand quelqu’un parle à voix basse ? » ou « Vous sentez-vous handicapé par un problème d’audition ? ».
« Humes recommande d’utiliser un score HHIE avec un ‘seuil’ fixé à 10. Si une personne a un score supérieur à 10, elle a des problèmes significatifs, et il convient dès lors de trouver une solution pour ce patient. En dessous de 10, cette personne n’a pas vraiment de problèmes ».
Il ne faut pas se baser uniquement sur l'audiogramme pour déterminer la santé auditive d'une personne
Toujours selon Humes, si on combine l’HHIE-S et la moyenne des sons purs (PTA) (Figure 1) :
Une étude des National Acoustic Laboratories d’Australie a investigué la question. L’équipe a recruté plusieurs sujets qui avaient de bons audiogrammes (PTA inférieure à 20dB HL) mais qui avaient déclaré avoir des problèmes d’audition. Les auteurs ont évalué leur attitude concernant les appareils auditifs. De plus, ces patients ont été appareillés pendant 6 semaines, et le bénéfice des appareils pour les patients a également été évalué.
Les résultats de l’étude ont montré que les porteurs d’appareils auditifs étaient davantage satisfaits de leur quotidien comparativement aux porteurs d’appareils non-fonctionnels au bout des six semaines de suivi (p=0,0006).
Il leur a également été demandé s’ils continueraient à porter leurs appareils auditifs. Le groupe contrôle a entièrement répondu par la négative. A l’inverse, la moitié du groupe expérimental souhaitait continuer à utiliser leurs appareils, car cela leur apportait un bénéfice dans les situations bruyantes. « A mes yeux, c’est révolutionnaire. Mais il n’y a pas que les appareils auditifs qui peuvent aider les patients. Il y a une augmentation de la technologie qui émerge comme alternative pour les appareils auditifs, que ce soit des objets portables au niveau des oreilles, des accessoires pour les smartphones ou même des applications », a déclaré le Dr Edwards.
Celui-ci conclut, « De nombreuses personnes souffrant de perte auditive nulle à légère ont un besoin significatif d’aide. Certaines de ces personnes peuvent avoir un bénéfice de l’utilisation de dispositifs de technologie auditive, dont les appareils auditifs. Il ne faut pas se fier uniquement à l’audiogramme pour déterminer le niveau de difficulté d’une personne en termes d’audition, de la nécessité de porter un appareil auditif, et de qui peut bénéficier d’une technologie liée à l’audition ».
3. Dr Brent Edwards, Treatment strategies for those with hearing difficulties but no to mild hearing losses. Virtual Physician Symposium “To fit or not to fit”, 6 Avril 2022. 5. Feltner C., et al., Screening for Hearing Loss in Older Adults: Updated Evidence Report and Systematic Review for the US Preventive Services Task Force. JAMA. 2021;325(12):1202–1215. doi:10.1001/jama.2020.24855 6. Gates G.A., Cooper J.C. Jr, Kannel W.B., Miller N.J., Hearing in the elderly: the Framingham cohort, 1983-1985. Part I. Basic audiometric test results. Ear and Hearing. 1990 Aug;11(4):247-256. PMID: 2210098.
7. Curti SA, Taylor EN, Su D, Spankovich C. Prevalence of and Characteristics Associated With Self-reported Good Hearing in a Population With Elevated Audiometric Thresholds. JAMA Otolaryngol Head Neck Surg. 2019;145(7):626–633. doi:10.1001/jamaoto.2019.1020 8. Humes LE. An Approach to Self-Assessed Auditory Wellness in Older Adults. Ear Hear. 2021 July/Aug;42(4):745-761. doi: 10.1097/AUD.0000000000001001. PMID: 33720061; PMCID: PMC8221726.